Le Nouveau-Brunswick

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Le Nouveau-Brunswick

Vous voici arrivés au cœur de l’Acadie nouvelle. Cette partie de l’ancienne Acadie s’est développée un peu plus tardivement que celle de la Nouvelle-Écosse, surtout après la déportation. Dans sa plus vaste extension (avant 1713), l’Acadie de la Nouvelle-France couvrait un immense territoire comprenant une partie de la Gaspésie (Québec) et de la Baie-des-Chaleurs, le Nouveau-Brunswick actuel et une partie du Maine, ainsi que de la Nouvelle-Écosse. En principe, l’île du Cap-Breton, l’île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) et les îles de la Madeleine ne faisaient pas partie de l’Acadie sous le Régime français.

[1]

La création de Fredericton en 1785 eut pour effet de chasser la plupart des Acadiens qui y vivaient depuis plus d’une centaine d’années, alors que la localité s’appelait Sainte-Anne-des-Pays-Bas. Les familles acadiennes repartirent vers le nord-ouest et s’installèrent dans ce qui constitue aujourd’hui le comté d’Aroostook dans le Maine, un territoire qui faisait alors partie du Nouveau-Brunswick. Les Acadiens fondèrent une quinzaine de municipalités et y vécurent, en tant que francophones, jusqu’en 1842.

À l’époque, beaucoup d’Acadiens se sentirent trahis par la Grande-Bretagne, représentée par le baron d’Ashburton, Alexander Baring. Ils accusèrent la Grande-Bretagne d’avoir courbé l’échine devant les États-Unis, représentés par Daniel Webster, secrétaire d’État, et de n’avoir pas défendu leurs intérêts. De son côté, l’État du Maine n’avait récupéré que la moitié du territoire disputé. Tout compte fait, les vrais perdants seront les Acadiens devenus subitement américains, qui n’obtiendront jamais de protection linguistique.[2]

La lutte pour l’accès à l’éducation en français fut épique dans cette nouvelle colonie anglaise. Tout d’abord : « Une loi de 1805 du Nouveau-Brunswick prévoyait deux sortes d’écoles : l’école paroissiale et l’école de comté. Dans chacune, les matières suivantes étaient dispensées : l’anglais, l’écriture et l’arithmétique. Les Acadiens qui voulurent apprendre à lire et à écrire ont dû le faire en anglais. »[3]

En 1845, une commission d’enquête révéla que la condition des écoles du Nouveau-Brunswick était déplorable, autant en anglais qu’en français. Il fallut pourtant attendre jusqu’en 1858 pour que la population acadienne obtienne des écoles catholiques où l’enseignement se donnait en français. Ces écoles n’avaient cependant aucune garantie légale.

En 1867, lors de la Confédération, la responsabilité de l’enseignement devient de juridiction provinciale. « En mai 1871, le gouvernement provincial du premier ministre George Edwin King décida de faire disparaitre les « écoles de paroisse » où l’on enseignait le français et la religion catholique. Il fit adopter la Common School Act (Loi sur l’école commune), qui spécifiait que l’école publique était dorénavant « neutre » (neutral). Dans ces écoles, il fut interdit d’enseigner le catéchisme et de porter des symboles religieux distinctifs, ce qui empêchait les communautés religieuses de fournir du personnel qualifié. Les parents francophones furent tenus de payer une double taxe scolaire pour envoyer leurs enfants dans des écoles privées ou accepter, à l’encontre des recommandations de leur clergé, de les acheminer dans les écoles publiques gratuites en anglais. Cette mesure discriminatoire souleva même une émeute dans la petite ville de Caraquet. Les élites acadiennes en appelèrent aux tribunaux et au Parlement fédéral pour désavouer cette loi; sans succès. « Comme la loi ignorait totalement la place du français, elle obligeait ainsi les écoles à n’enseigner qu’en anglais. Quant aux autorités religieuses, elles défendirent aux Acadiens de fréquenter les écoles publiques, avec comme résultat que les enfants demeurèrent à la maison, sans recevoir d’instruction. »[4]

Pendant plus d’un siècle (1841-1960), les Acadiens du Nouveau-Brunswick ont dû travailler très fort et sans aide gouvernementale pour promouvoir l’emploi et le développement du français. En 1922, Moncton assiste à l’ouverture d’un hôpital francophone; en 1960 il existe quelque 37 associations enregistrées en français dans la province. En 1954, Moncton recevait la première station radiophonique de langue française de Radio-Canada, CBAF; la télévision française de Radio-Canada ouvrit son premier poste de télédiffusion dans la même ville en 1959. Le véritable essor commence avec l’élection de Louis-Joseph Robichaud à la tête du gouvernement en 1960. L’Université de Moncton ouvre ses portes en 1963.

La Révolution tranquille, la volonté d’affirmation politique du Québec (à partir de 1960) et la Commission fédérale Laurendeau-Dunton (1963-1967) sont venues changer assez soudainement la situation des minorités francophones du Canada hors Québec. Le gouvernement fédéral, désirant faire contrepoids aux aspirations unilingues françaises du Québec, se mit à faire la promotion d’un bilinguisme pancanadien. Le Nouveau-Brunswick emboite le pas au Canada et se déclare province officiellement bilingue en 1969 sous l’égide du gouvernement de Louis-Joseph Robichaud.[5] Cette loi fut abrogée sous le gouvernement de Bernard Lord, un autre Acadien, et remplacée par une nouvelle Loi sur les langues officielles en 2002.[6]

Entre la loi et son application, il y a toute une marge. Ainsi il a fallu attendre 8 ans, de 1969 à 1977, avant que tous les articles de la Loi sur les langues officielles ne soient implantés. Et par la suite, c’est pas à pas, de tribunal en tribunal que le respect de la loi a été défendu. On pense au cas de la GRC, à celui des services de santé en français, à celui des garderies bilingues ou à celui des services en français d’Air Canada. Une lutte constante et de tous les instants. Nous vous invitons à visiter les sites sources pour en comprendre toute la mesure.

Aujourd’hui, malgré tous les avatars que nous avons connus, la population d’expression française compte 216,068 citoyens et nous représentons 31,5% des 739 900 citoyens de notre province au recensement de 2011. Tout comme en Nouvelle-Écosse, notre poids démographique et notre nombre a chuté depuis le recensement de 2006 alors que nous représentions 32,8% de la population. Alors que la population totale du Nouveau-Brunswick a diminué de 20,255 en cinq ans, cette diminution frappe beaucoup plus la population francophone qui a subi une perte de 16,953 individus. Autrement dit, les Acadiens francophones représentent 80% des pertes totales de population du Nouveau-Brunswick en seulement cinq ans.

Nous sommes regroupés principalement dans la Péninsule acadienne au nord-est, dans la vallée de la Madawaska et dans les centres urbains de Moncton-Dieppe et d’Edmundston.

Notre vie culturelle, quant à elle, est toujours vibrante. Les bonnes nouvelles concernent surtout l’augmentation de l’usage du français au travail et le nombre d’anglophones qui ont appris le français au cours des dernières décennies, soit 80,000 depuis 1971. Par contre, le français comme langue d’usage à la maison est en léger déclin depuis 2001.[7]

« L’Acadie du Nouveau-Brunswick peut se targuer de plusieurs maisons d’édition et de librairies francophones, de multiples compagnies de théâtre professionnelles, de quelques compagnies de danse et d’une animation culturelle locale dans toutes ses régions. De plus, on y retrouve de multiples festivals et évènements dont les principaux sont le Festival acadien, La Foire Brayonne, la Francofête en Acadie, divers festivals culturels spécialisés tels que le Festival international de musique baroque, La Moisson d’Art, le Festival des arts visuels en Atlantique, le Festival international du cinéma francophone en Acadie et trois Salons du livre. Mentionnons enfin Les Éloizes qui sont organisées par l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB) et qui soulignent l’excellence par des manifestations artistiques multidisciplinaires et une remise de prix décernés aux artistes professionnel.le.s de la grande Acadie. »[8]

Selon CyberAcadie [9]: « (…) le français acadien du Nouveau-Brunswick est riche de plusieurs parlers régionaux. Dans le nord-ouest et le nord-est de la province, vu la proximité géographique du Québec, il y a une nette influence québécoise sur la langue.  Puisque les Acadiens de ces deux régions sont à forte majorité francophone, leur usage de mots anglais est plutôt rare. La réalité des Acadiens du sud-est de la province est cependant toute autre. »

➤ Danielle E. Cyr, spécialiste en linguistique

[1] Source : axl.cefan.ulaval.ca/amnord/nbrunswick.htm#Les_origines_et_les_colonies
[2]  Id.
[3]  Ibid.
[4] Source : Lois anti-français axl.cefan.ulaval.ca/amnord/cnd_antifranco.htm
[5]  Source : Lois sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick axl.cefan.ulaval.ca/amnord/nbrunswickloi.htm
[6] Source : axl.cefan.ulaval.ca/amnord/nbrunswick.htm#Les_origines_et_les_colonies
[7] Source : profils.fcfa.ca/fr/Vitalite-Linguistique_241
[8]  Source : passeurculturel.ca/beta/index.cfm?Voir=sections&Id=7037&M=2342&Repertoire_No=2137988614
[9] Source : cyberacadie.com/cyberacadie.com/indexaa44.html

© photo en-tête : Jean-Yves Fréchette

2018-01-18T10:24:42+00:00 08 août 2017|Catégories : Feuillets historiques, Nouveau-Brunswick|