Texte inédit de Jonathan Roy (Nouveau-Brunswick)

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Texte inédit de Jonathan Roy (Nouveau-Brunswick)

je suis le serpent de l’ouroboros
dans l’autofécondation de ma langue
je ne suis déjà plus celui que j’étais hier
même si je tourne en rond

Gérald Leblanc, Identité(s)


La septième vague est longtemps discrète.
Elle s’adapte à celles qui l’ont précédée, mais parfois elle s’échappe.
La septième vague remet tout à neuf.
Pour elle, il n’y a pas d’avant, mais un maintenant.
Et après, tout a changé!

Daniel Glattauer

 

Prologue

Ayousse tu d’viens?

            qui veut vraiment dire

J’connais-tu tes parents?

            qui veut aussi dire

Masfait qu’t’es rendu icitte, toi,
pis qu’ta langue se vire de même?

            comme pour dire

Ayousse tu penses tu t’en vas comme ça?

pour pas vraiment dire

 

Tchisse que t’es?

 

Tchisse que t’es?

sur la rive en rhizomes la grosse question
éclatée dans les phares
posés sur ton accent rond et dilaté pupille
ouverte sur tous les possibles surréels de ta langue
courailleuse et mal dévirée dans la bouche
des autres

Tchisse que t’es?
comme un appel creusé
en sillons pis en canals de fin de veillée
syntonisés comme des scalpels de valdrague sur ta peau
de chip seal pareille à la peau du monde d’icitte
septième vagueroche ruisselante dépliée en deltas
pour caller des bêtes assez grandioses pour bâtir des mythes
que tu pourras caresser dans l’enfantement des flots
contre le bassin dormant de nos histoires de chasse
aux tournures bâtardes

            ta peau pareille à la peau du monde
            de partout c’est la manière qui change

Tchisse que t’es?
toujours la même crisse de question gravée au couteau de poche
cicatrice suintante de tes vieilles dates et de tes histoires d’amarres
sur tous les bouleaux de ta trail de cœur grattée à la clé
dans la peinture de char de tes dents fières
comme une note de bas de page en palimpseste
sur chaque nowhere où tu finis tout le temps par te ramasser
à remonter au camp du premier battement de langue
du premier frémissement d’aile qui déboule
de la savèche jusqu’au squall

Tchisse que t’es?
parce que c’est peut-être vrai
qu’on a landé icitte
en suivant un poème prophétie tracé au quatre roues
dans la glaise des marées basses
mais c’est peut-être vrai aussi
qu’on s’est échoués icitte
comme les chevreuils passés au travers des glaces
qu’on retrouve juste à la fonte
qu’on est rien d’autre qu’un coup de dés mal tombé
pis que chenous c’est juste une game de Risk qui finit weird 

Tchisse que t’es?
comme une madeleine buvard en pleine canicule
pleine du souvenir d’une tempête de légende
parce que le monde se retrouve dans la tempête
parce qu’on trace toujours son chemin
comme pour la première fois à chaque tempête
fait que tu drives dans la nuit en dérive
dans la page blanche pour finir parker
au beau milieu d’une pluie de beluettes
sur la plage vierge du début de la run

Tchisse que t’es?
comme si tu pouvais être à la fois le feu trop chaud
d’une longue soirée à pomper le choke
et le lever d’un soleil même pas couché
quand dans la boucane et le sel tu braques à crier
avec tes lèvres de gaz mixé
et ta gorge à deux temps
que c’est nous autres les cris de terre
que nos racines sont en feu
pis que le monde est une smoke
pas encore fumée

jusqu’au matin dans la braise
encore rouge de tes incandescences
où tu réécriras la question
comme une réponse qui veut dire
qu’on est là

Ayousse tu d’viens?
avec l’accent de ta peau
pour demander dans un même souffle
D’où tu viens? et
Où tu deviens?

2018-01-15T10:39:17+00:00 15 janvier 2018|Catégories : Auteur•e•s et artistes, Extrait textuel, Nouveau-Brunswick, Poètes|